MEDITERRANEO – En Corse, à Bastia, regard sur la conservation des œuvres du musée
Dans beaucoup de musées, on arrive à avoir des réserves qui sont à saturation, mais c’est un phénomène vraiment mondial, parce que la notion de patrimoine s’étend de plus en plus. Et puis, le fondement du musée, c’est non seulement…
Dans beaucoup de musées, on arrive à avoir des réserves qui sont à saturation, mais c’est un phénomène vraiment mondial, parce que la notion de patrimoine s’étend de plus en plus. Et puis, le fondement du musée, c’est non seulement de conserver ses collections, mais aussi de les enrichir. Dans le lexique des conservateurs de musée, quand on achète des œuvres, on appelle ça faire des acquisitions.
Beaucoup de gens croient qu’on se balade avec un chéquier et qu’on peut acquérir des œuvres comme on achète un paquet de lessive. En fait, c’est beaucoup plus compliqué. À chaque fois que le musée de Bastia veut compléter ses collections, Sylvain Grégoire doit suivre une procédure bien précise et présenter un dossier d’acquisition à la Direction régionale des Affaires culturelles. Son but : démontrer que cet achat est pertinent par rapport aux thématiques abordées au musée. Les services de l’État, de leur côté, statuent sur le prix pour éviter les phénomènes de surenchère et de spéculation, assez courants sur le marché de l’art local.
Cette Madone, par exemple, vient d’être livrée dans une caisse très solide. On est ici devant le cas d’une sculpture achetée en vente publique en Italie. Pour la faire venir au musée de Bastia, on a fait appel à des transporteurs spécialisés, qui assurent un conditionnement respectant les règles et les normes de conservation préventive, et qui garantit la sécurité et l’intégrité de l’œuvre. C’est pour ça qu’ici, nous sommes devant une caisse navette, c’est-à-dire une caisse fabriquée pour assurer de façon optimale le transport de l’œuvre et la préserver au cours des différentes phases de manutention.
Ce bas-relief représente Notre-Dame de Savone. Son culte, importé à Bastia par les Génois, s’est diffusé en Corse au 16e et 17e siècle. L’intérêt de ce lapidaire, c’est qu’il comporte tous les attributs caractéristiques de la Madone ligure : bras ouverts, ange ailé sur la poitrine, et surtout cet homme agenouillé en prière à ses pieds, qui représente le paysan à qui la Vierge serait apparue. Aujourd’hui, la plupart des représentations de Notre-Dame de Savone ont été amputées de ce personnage. C’est le cas de cette statue, en cartapesta, du papier mâché, une matière si fragile que cet exemplaire est l’un des rares à être arrivé jusqu’à nous. C’est une pièce quasiment unique dont certaines parties ont été restaurées.
Si la restauration est bien évidemment décidée pour remettre une œuvre dans un meilleur état de lecture, elle permet aussi de mieux connaître son histoire. On le voit dans le cadre de cette Madonna, où l’on a les différentes phases, enfin deux phases en l’occurrence, deux décors qui nous démontrent des utilisations successives. Au fil des décennies, on a remis au goût du jour cette statue pour l’utiliser, et on voit qu’en fait, sous la couche de peinture bleue et rouge qu’on a l’habitude de voir dans les représentations mariales, elle était à l’origine dorée et décorée de motifs floraux. D’une sculpture à l’autre, les provenances sont diverses. Cette statue de Saint Pierre Orgosso, par exemple, est un dépôt ; elle était stockée dans la réserve du Centre national des arts plastiques, dans la région parisienne. D’autres œuvres, comme cette sculpture de femme corse, ont été acquises chez des antiquaires ou en vente publique. C’est le cas de cette statue de porteuse signée Antoine Ottavi. Repérer ces pièces du patrimoine insulaire fait partie du travail des conservateurs, qui doivent toujours garder l’œil ouvert.
De nos jours, grâce à Internet, on a des alertes : ça nous permet de savoir, grâce à des mots-clés, ce qui sort sur le marché de l’art et qui peut potentiellement nous intéresser ou intéresser un des autres musées de Lille. L’idée, ce n’est peut-être pas forcément de la présenter au public, mais du moins déjà de la conserver, de la faire entrer dans le domaine public et, du coup, de la rendre inaliénable et imprescriptible, c’est-à-dire qu’on ne peut plus la revendre, on ne peut plus la céder. C’est vraiment la constitution d’un patrimoine collectif.
Pas étonnant, donc, que les réserves soient peuplées de grandes figures bastiaises. Ici, dans son uniforme d’officier de la marine, Luce de Casablanca. Là, Salvatore Viale. Et sur cette étagère, Vincent de Moro Giafferi, amputé de son pouce, qui côtoie le plus illustre des ténors bastiais. Ce buste de César Vezzani, effectivement, n’avait pas vocation à être pleinement une œuvre d’art, puisque c’est la maquette du buste qui est de nos jours visible en haut de la rue César Campinchi. Donc, les objets prennent aussi une stature tout à fait différente lorsqu’ils entrent dans les collections et deviennent des sémiophores, c’est-à-dire des objets auxquels on donne un sens et une plus-value intellectuelle parce qu’on leur fait dire des choses. Autre sémiophore : cette maquette en modèle réduit de la statue de Napoléon, place Saint-Nicolas. Napoléon sous l’œil de Paoli. Ces deux icônes insulaires devraient bientôt rejoindre les collections permanentes du Palais des Gouverneurs, qui doit devenir musée de l’histoire de la Corse. Et un musée qui n’enrichit pas sa collection, tout simplement, est en train de mourir.
📝 Transcription complète de la vidéo
Dans beaucoup de musées, on arrive à avoir des réserves qui sont à saturation, mais ça c'est un phénomène qui est vraiment mondial. ? Parce que la notion de patrimoine, elle s'étend de plus en plus. Et puis aussi, fondement du musée, c'est non seulement de conserver ses collections, mais aussi de les enrichir. Dans le lexique des conservateurs de musée, quand on achète des œuvres, on appelle ça faire des acquisitions. Un shopping pas tout à fait comme les autres. Beaucoup de gens croient qu'on se balade avec un chéquier et qu'on peut acquérir des œuvres comme on achète un paquet de lessive. C'est en fait beaucoup plus compliqué. À chaque fois que le musée de Bastia veut compléter ses collections, Sylvain Grégoire, il doit suivre une procédure bien précise et présenter un dossier d'acquisition à la Direction régionale des Affaires culturelles. Son but, démontrer que cet achat est pertinent par rapport aux thématiques abordées au musée. Les services de l'État, de leur côté, statuent sur le prix pour éviter les phénomènes de surenchère et spéculation assez courants sur le marché de l'art local. Cette Madone, par exemple, vient d'à peine d'être livrée dans une caisse très solide. On est ici devant le cas donc d'une sculpture qu'on a acheté en vente publique en Italie. Et donc, pour la faire venir au musée de Bastia, on a fait appel à des transporteurs spécialisés qui nous assurent un conditionnement qui à la fois respecte les règles et les normes de conservation préventive et qui assure la sécurité et l'intégrité de l'œuvre. C'est pour ça qu'ici, nous sommes devant une caisse navette, hein, c'est-à-dire une caisse qui est fabriquée pour assurer donc de façon optimale le transport de l'œuvre et la préserver au cours des différentes phases de manutention. Ce bas-relief représente Notre-Dame de Savone. Son culte, importé à Bastia par les Génois, s'est diffusé en Corse au 16e et 17e siècle. L'intérêt de ce lapidaire, c'est qu'il comporte tous les attributs caractéristiques de la Madone Ligure, bras ouverts, ange ailé sur la poitrine et surtout cet homme agenouillé en prière à ses pieds qui représente le paysan à qui la Vierge serait apparue. Aujourd'hui, la plupart des représentations de Notre-Dame de Savone ont été amputées de ce personnage. C'est le cas de cette statue. Elle est en cartapesta, du papier mâché, une matière si fragile que cet exemplaire est l'un des rares à être arrivé jusqu'à nous. C'est une pièce quasiment unique dont certaines parties ont été restaurées. Si la restauration est est bien évidemment décidée pour remettre dans un meilleur état de lecture une œuvre, elle nous permet aussi de mieux connaître l'histoire de celle-ci. On le voit dans le cadre de cette Madonna où on a les différentes phases, enfin deux phases en l'occurrence, deux décors qui nous démontrent des utilisations successives, c'est-à-dire que au fil des décennies, on a remis au goût du jour cette statue pour l'utiliser et on voit qu'en fait sous la couche de peinture bleue et rouge qu'on a l'habitude de voir dans les représentations mariales, eh bien en fait à l'origine, elle était dorée et décorée de motifs floraux. D'une sculpture à l'autre, les provenances sont diverses. Cette statue de Saint Pierre Orgosso par exemple est un dépôt. Elle était stockée dans la réserve du Centre national des arts plastiques dans la région parisienne. D'autres œuvres, comme cette sculpture de femme corse, ont été acquises chez des antiquaires ou alors en vente publique. C'est le cas de cette statue de porteuse signée Antoine Ottavi. Repérer ces pièces du patrimoine insulaire fait partie du travail des conservateurs qui doivent toujours garder l'œil ouvert. De nos jours, grâce à Internet évidemment, on a des alertes, ça nous permet de savoir grâce à des mots-clés euh ce qui sort sur le marché de l'art et qui peut potentiellement nous intéresser ou intéresser euh un des autres musées de Lille. L'idée, c'est peut-être pas forcément de la présenter au public, mais du moins déjà de la conserver, de la faire rentrer dans le domaine public et du coup de la rendre inaliénable et imprescriptible, c'est-à-dire qu'on ne peut plus la revendre, on ne peut plus la céder. C'est vraiment la constitution d'un patrimoine collectif. Pas étonnant donc que les réserves soient peuplées de grandes figures bastiaises. Ici, dans son uniforme d'officier de la marine, Luce de Casablanca. Là, Salvatore Viale. Et sur cette étagère, Vincent de Moro Giafferi, amputé de son pouce, qui côtoie le plus illustre des ténors bastiais. Ce buste de César Vezzani, effectivement, n'avait pas vocation à être pleinement une œuvre d'art, puisque c'est la maquette du buste qui est de nos jours visible en haut de la rue César Campinchi. Donc, les objets prennent aussi une stature tout à fait différente lorsqu'ils entrent dans les collections et qui deviennent des sémiophores, c'est-à-dire des objets auxquels on donne un sens et une plus-value intellectuelle parce qu'on leur fait dire, évidemment, des choses. Autre sémiophore, cette maquette en modèle réduit de la statue de Napoléon place Saint-Nicolas. Napoléon sous l'œil de Paoli. Ces deux icônes insulaires devraient bientôt rejoindre les collections permanentes du Palais des Gouverneurs, qui doit devenir musée de l'histoire de la Corse. Et un musée qui n'enrichit pas sa collection, ce musée, tout simplement, est en train de mourir.
Source : France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur
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