Par-delà le pour et le contre. Fjord de Christian Mungiu
Vainqueur de la Palme d’or au dernier festival de Cannes, Fjord de Cristian Mungiu suscite des lectures opposées. Le film part d’un fait divers et de ses suites judiciaires, autour d’une famille mixte, roumano-norvégienne, installée dans un village, avant des…
Vainqueur de la Palme d’or au dernier festival de Cannes, Fjord de Cristian Mungiu suscite des lectures opposées. Le film part d’un fait divers et de ses suites judiciaires, autour d’une famille mixte, roumano-norvégienne, installée dans un village, avant des accusations de maltraitance et le placement des enfants en famille d’accueil en attendant le procès. Mais au lieu de s’enfermer dans un simple face-à-face entre deux camps, le récit brouille les lignes et déplace sans cesse les oppositions.
Le cinéaste roumain s’appuie sur des outils du réalisme, avec des plans-séquences et une caméra portée, tout en laissant au spectateur la question du positionnement. Les Gheorghiu, traditionnels et religieux, font face aux Halberg, laïcs et progressistes, mais le film ne se contente pas d’opposer ces deux foyers. Par le personnage de Noora, notamment, les frontières se fissurent, les enfants circulent d’une maison à l’autre et les convictions passent d’un camp à l’autre.
Le film met aussi en regard les idées de cadre, de liberté et de transmission. L’éducation laïque y apparaît comme un espace commun qui suppose malgré tout de transmettre une certaine conception de la liberté. Dans le même mouvement, Mungiu montre que les repères censés être anciens ou nouveaux se mêlent davantage qu’ils ne s’excluent, à l’image d’une société scandinave marquée par un héritage chrétien sans que celui-ci ait disparu de toutes ses formes.
Cette logique se retrouve dans la mise en scène, construite autour de passages entre terre et mer, horizontalité et verticalité. Les scènes de sauts, de plongeons et de marche sur l’eau illustrent ce franchissement des frontières. Sans trancher entre croyance et illusion, Mungiu fait du fjord l’image d’un monde où les oppositions demeurent, mais où rien ne reste totalement fermé à l’autre.
Source : esprit.presse.fr
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